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En attendant ma Cendrillon.

Publié par Marginal07 le 8/11/2009 (1458 lus)
En attendant ma Cendrillon.
(J’ai gardé son petit soulier.)

Depuis ma tendre enfance, la mort est venue faucher autour de moi des gens que j’aimais beaucoup.
Quelques unes de ces personnes m’étaient très familières, d’autres cependant m’étaient inconnues.
Mais entre la mort et la vie, cette frontière qui nous séparent n’est que temporaire.
Dans mon coeur, j’ai la certitude de revoir toutes les personnes que j’ai aimées.
Car oui, il existe parmi ces trépassés de la vie des êtres qu’on ne peut oublier.

Ce soir, je vais vous raconter l’histoire d’une inconnue que j’ai vue mourir devant moi.
J’étais alors adolescent, j’avais 13 ans.
Ma tête bouillonnait de fantasmes amoureux, j’avais atteint l’âge de la puberté.
Ce sentiment était très fébrile chez moi et je regardais les femmes avec appétit.
Ma sexualité s’épanouissait au-travers une vive passion empreinte de sensualité et de profondes tendresses, mais en imagination seulement.
Le corps des jeunes filles de mon âge se transformait à vue d’oeil.
Elles aussi vivaient cette transformation et ce désir intense envers le sexe opposé.
Leurs petits seins se gonflaient au rythme de leurs désirs les plus frivoles.
J’aimais regarder leurs courbes généreuses qui ne demandaient qu’à être touchées, caressées et embrassées surtout.
Mais hélas, comme j’étais un adolescent très timide, je n’osais pas faire la cour à aucune d’entre elles.
Je souffrais énormément, j’étais complexé, je n’avais hélas pas confiance en moi.
Je voyais autour de moi tous mes amis qui avaient leur blonde comme on dit..
De plus en plus je me renfermais sur moi-même.

Puis un jour, alors que je marchais un peu à l’écart de l’avenue principale, j’ai entendu un bruit assourdissant.
Au coin de l’intersection, un camion venait de frapper une petite voiture.
Immédiatement je me suis précipité sur le lieu de l’impact.
Le conducteur du camion s’en était tiré sans aucune blessures.
Mais la conductrice de la petite voiture a rendu l’âme quelques minutes après la collision.
Sa voiture n’était plus qu’un amas de ferraille tellement la collision fut violente.
En m’approchant, j’ai regardé de près cette scène déchirante que jamais je n’oublierai.
Il y avait assis sur la banquette avant une jeune fille d’environ 17 ans.
J’ai fixé son regard, elle semblait souffrir...
Mais j’avais l’impression qu’elle voulait me dire quelque chose.
Puis son regard est demeuré fixe, elle ne bougeait plus.
Ses yeux étaient restés grands ouverts.
L’ambulance arriva quelques minutes plus tard.
Les ambulanciers ont déposé le corps de la jeune fille sur une civière puis l’ont recouvert d’un drap sombre.
Entre-temps, j’ai regardé à l’intérieur de la voiture.
Il y avait du sang, beaucoup de sang.
C’est alors que je découvris entre la portière et la banquette arrière un soulier à talon haut.
Il y avait des taches de sang sur le talon.
Je l’ai pris et je suis reparti chez moi.
Aux nouvelles de 6 heures, on donnait les détails de cet accident..
La conductrice de la voiture avait omis de s’arrêter à un feu rouge.
Un camion l’a heurtée de plein fouet.
C’était une jeune fille de 17 ans, son nom était Judith Prince..
Elle habitait un quartier situé pas très loin de chez moi.
Elle était étudiante et occupait un travail partiel dans un restaurant.
Je lendemain soir, je me suis rendu à la résidence funéraire où elle était exposée.
Il y avait une cinquantaine de personnes.
Ses parents étaient inconsolables, Judith était leur fille unique.
Ses nombreux amis(es) semblaient sidérés par cet événement tragique survenu de façon tellement si précipité.
J’ai entendu cette réflexion venant d’un de ses amis.
“Je ne comprends pas, je lui ai parlé 2 heures avant l’accident, elle semblait si heureuse, et là elle se retrouve dans un cercueil..”
Puis le jeune homme a éclaté en sanglots dans les bras d’une amie.
En me faufilant parmi ces nombreux convives, à mon tour je me suis recueilli sur son corps.
Malgré l’impact de l’accident, son visage n’avait pas été touché..
Comme si elle aurait voulue garder au-delà de la mort ses traits parfaits pour conquérir son prince qui viendrait un jour.
En fixant son joli visage maquillé pour la mort, je lui ai adressée ces quelques paroles venues de mon coeur.
“Judith, je ne te connais pas, mais au-delà de ta mort, je te promets qu’un jour je te retrouverai.
Oui petite Cendrillon d’un jour..
J’ai conservé de notre rencontre entre la mort et la vie ta chaussure..
Je te la rendrai, c’est une promesse.
Lorsque pour moi sonnera le glas au coup de minuit, je te rejoindrai avec grâce.
Je te donnerai ton petit soulier transformé en pantoufle de verre.
Nous vivrons ensemble la plus belle des aventures.”

J’attends toujours le coup de minuit qui me rendra enfin libre vers elle.
marginal07
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